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Le syndrome d'Asperger: particularités comportementales

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L’identification de cette problématique date de 1944, soit un an tout juste après la première publication de Léo Kanner sur onze enfants ayant une inhabileté congénitale à entrer en relation avec les autres, qu’il avait appelée «perturbation autistique du contact affectif». Asperger, un médecin autrichien avait de son côté identifié un groupe d’enfants plus âgés et d’adolescents dont la difficulté principale lui paraissait une imperception des normes informelles de l’environnement social et il avait spontanément attribué à cette entité le nom de «psychopathie autistique».

Ce dernier syndrome demeura longtemps ignoré dans la littérature jusqu’à ce que Bosch (1962) ravive l’intérêt des chercheurs en publiant une étude qui mettait en opposition les particularités propres à chacune de ces conditions: Autisme et Asperger. Puis Van Krevelen (1971) et Wolff et Barlow (1979) poursuivaient cette démarche, persuadés que malgré leurs similitudes, l’Asperger était bien une entité différente de l’autisme .

La description de la symptomatologie des Asperger proposée au DSM IV recouvre très largement le tableau précédent, bien qu’elle offre davantage de points communs entre les deux problématiques. Quant à la classification internationale des maladies (la CIM10), elle donne la définition suivante du syndrome d’Asperger : «trouble de validité nosologique incertaine, caractérisé par une altération qualitative des interactions sociales réciproques, semblable à celle observée dans l’autisme , associée à un répertoire d’intérêt et d’activités restreint, stéréotypé et répétitif. Il se différencie de l’autisme essentiellement par le fait qu’il ne s’accompagne pas d’un déficit ou trouble du langage, ou du développement cognitif. Les sujets présentant ce trouble sont habituellement très malhabiles. Les anomalies persistent souvent à l’adolescence et à l’âge adulte. Le trouble s’accompagne parfois d’épisodes psychotiques au début de l’âge adulte».

Malgré les similitudes que peuvent présenter les deux tableaux, au plan des «interactions sociales», Klin (1994) insiste sur le fait que, contrairement aux autistes, même de haut niveau, les Asperger ne se retrouvent pas isolés par choix personnel, car ils expriment généralement un grand intérêt à se faire des amis et à rencontrer les gens, notamment à l’effet de pouvoir échanger autour de leurs champs d’intérêt. C’est justement parce qu’ils ne savent pas s’y prendre, ou qu’ils deviennent vite profondément ennuyeux, qu’ils se retrouvent à part des autres et leur frustration est telle qu’il ne serait pas rare qu’ils développent un «désordre de l’humeur» d’allure dépressive, secondaire à cette problématique.

Il n’en reste pas moins étonnant qu’en dépit du fait que c’est l’article de Wing (1981) qui est le plus souvent rapporté pour sa description de la symptomatique propre aux Asperger, cette chercheure continue apparemment de penser qu’il s’agit plutôt de la même entité, mais présentant des degrés variables de sévérité: «Dans la réalité et tenant compte de mon expérience passée, je puis affirmer que les syndromes bien délimités sont rares. En fait, il existe un continuum allant des gens qui ont un syndrome sévère jusqu’à ceux qui, autonomes, apparaissent excentriques, par exemple, certains professeurs de maths, musiciens, joueurs d’échecs…» (Collignon, 1994, p.47).

Cette assertion ne présumerait pas toutefois une étiologie similaire aux deux problématiques, puisque les antécédents génétiques aussi bien que ceux de nature neurologique (agressions pré, péri ou post-natales) pourraient apparemment entraîner des tableaux cliniques très similaires tant pour l’une que pour l’autre symptomatologie (Wing, 1981). Le difficulté de bien cerner la sémiologie propre aux Asperger, notamment pour les distinguer des «autistes de haut niveau», apparaît cependant d’autant plus marquée que l’enfant est plus jeune et que d’autres similitudes peuvent également être relevées entre cette entité et les «dysphasies sémantiques-pragmatiques » ou les troubles de « personnalités schizoïdes ».

Rappelons les particularités propres aux personnalités schizoïdes, bien qu’il s’agisse ici d’un diagnostic proprement psychiatrique. Selon le DSM IV, cette symptomatologie apparaîtrait le plus souvent au début de l’âge adulte. Elle se traduirait en particulier par 1) une absence de plaisir à participer à un groupe social ou familial, 2) une préférence marquée pour des tâches mécaniques ou abstraites, de type jeux mathématiques ou informatiques pratiqués en solitaire, 3) une absence de recherche d’un partenaire sexuel, 4) une incapacité marquée à éprouver réellement du plaisir dans des activités, 5) une absence d’amis proches ou de confidents, 6) une indifférence aux éloges ou à la critique, et enfin 7) une sorte de froideur ou d’émoussement de l’affectivité.

Il nous parait plus difficile toutefois d’entériner le DSM IV, lorsqu’il ajoute que ces troubles peuvent se manifester initialement pendant l’enfance ou l’adolescence, par une tendance à la solitude, un mauvais contact avec les pairs et de mauvaises performances scolaires. Dans ce cas, seule une évaluation neuropsychologique permettrait, à notre avis, de faire la distinction entre cette pathologie d’origine psychiatrique et celle des Asperger, définitivement neurologique.

Sur le plan comportemental par ailleurs, la différence la plus marquée entre ce tableau et celui des Asperger pourrait être la tendance de ces derniers à parler abondamment de leurs intérêts à l’égard de sujets très particuliers. À l’inverse, les «schizoïdes» évolueraient assez fréquemment vers un trouble délirant, d’allure paranoïde, une schizophrénie ou un trouble dépressif majeur. L’association de troubles affectifs serait moins souvent le cas chez les Asperger, du moins quand ils peuvent bénéficier d’une bonne prise en charge psycho-sociale. Cependant, on rapporterait dans la littérature chez ces derniers, comme chez l’ensemble des sujets SDNV une certaine fréquence de traits anxieux pouvant entraîner des états de panique ainsi que la présence occasionnelle d’obsessions-compulsions.

Quant aux dysphasies sémantiques-pragmatiques généralement diagnostiquées par les orthophonistes, elles partagent elles aussi effectivement un certain nombre de points communs avec les Asperger, si on tient compte de la description donnée par Bishop (1989): en dépit d’une atteinte marquée de la compréhension du langage parlé, ces enfants développent un discours fluent et bien articulé, généralement écholalique ou tangentiel. Leur inhabileté à respecter leur tour de parole et leur incessant bavardage peuvent amener à les confondre tantôt avec des autistes, tantôt avec des Asperger, les trois symptomatologies pouvant parfois en partie se recouvrir chez certains individus.

Bishop en conclut toutefois que le tableau sémantique-pragmatique fait bien partie des dysphasies puisqu’il est essentiellement la conséquence d’un trouble de compréhension du langage parlé, ce qui affecte d’ailleurs considérablement le quotient verbal de ces enfants. En contre partie, bien que la distinction au cas par cas ne soit pas toujours si évidente, le trouble de communication des Asperger serait majoritairement la résultante d’une perturbation non intentionnelle dans l’établissement des relations sociales, s’accompagnant le plus souvent d’un déficit enregistré au niveau du quotient non verbal, alors que le quotient verbal est préservé.

La détermination des caractéristiques cognitives de cette population apparaît donc tout aussi essentielle au diagnostic de l’Asperger que l’observation de ses particularités comportementales.

En raison de la difficulté persistante dans la communauté médicale à poser avec certitude un diagnostic de syndrome d’Asperger , du moins au cours de l’enfance, la prévalence de cette problématique reste sans doute encore sous-estimée. Les études de Wing (1971) et de Coleman et Gillbert (1986) parleraient d’une possibilité de 1 à 3 sujets sur 10000, incluant les déficients intellectuels. Ce diagnostic nous apparaît toutefois plus difficile à faire dans cette dernière catégorie en raison de l’importance des caractéristiques langagières dans les critères diagnostics. Par ailleurs, comme dans un bon nombre d’atteintes génétiques, il y aurait un plus grand nombre de garçons que de filles atteintes. Enfin, on relèverait une incidence relativement élevée de problématiques d’allure similaire dans la famille des sujets, immédiate (en particulier le père) et élargie. Certaines familles auraient aussi donné naissance à des enfants qui auraient reçu séparément un diagnostic d’autisme et d’Asperger, ce qui renvoie à nouveau à l’hypothèse d’une filiation neurophysiologique et génétique entre ces deux entités.

Par Francine Lussier, Ph.D.
Neuropsychologue
Directrice des activités cliniques et scientifiques au Centre de formation CENOP Inc.
Professeure associée au Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

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