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Autisme: comportements stéréotypés et intérêts restreints

Chez les enfants plus jeunes, on observe souvent qu’ils n’utilisent pas les jouets de façon fonctionnelle, l’attention étant parfois dirigée vers une seule partie de l’objet manipulé (comme les roues d’une auto renversée). Cet objet est d’ailleurs souvent choisi en fonction de sa capacité à offrir une stimulation sensorielle de tout ordre (visuel, auditif, tactile, olfactif, gustatif ou vestibulaire). Sa manipulation entraine généralement des comportements répétitifs comme des mouvements de rotation, que l’enfant devient d’ailleurs souvent de plus en plus habile à déclencher (faire tourner une toupie ou une pièce de monnaie, par exemple). Ces activités stéréotypées peuvent aussi être produites sans l’aide d’un objet et touchent alors souvent une partie du corps (agitation rythmique de la main devant les yeux), ou le corps tout entier (balancement). Le sujet adopte également parfois des postures étranges, dans lesquelles il peut se figer pendant de longs moments. Les comportements stéréotypés se retrouvent aussi au niveau du langage. En effet, ils répètent intégralement des passages de parole entendue qu’ils apprécient, comme des extraits d’émission télévisée contrastant avec leurs discours spontanés qui présentent longtemps des immaturités grammaticales. Ce plaisir sensoriel semble s’expliquer par la fait que les personnes autistes ont tendance à ne traiter qu’une information sensorielle à la fois, ce qui leur permet de ressentir la même sensation au contact de l’information, contrairement aux neurotypiques qui traitent l’ensemble des stimulations sensorielles, diluant ainsi leurs sensations (Fraser et ses collaborateurs, 2015).

Lorsque l’enfant autiste grandit, la restriction de ses champs d’intérêt l’amène souvent à une grande intolérance face à tout changement dans son environnement. On assiste donc à une ritualisation des situations, toute modification des trajets ou des séquences pouvant entrainer de fortes réactions émotionnelles. On parlera alors parfois d’un mode phobo-obsessionnel, pouvant s’accompagner de manifestations d’anxiété. Cette rigidité se répercute dans d’autres sphères de leur vie, comme au niveau de l’alimentation. Manger le même repas trois fois par jour n’a rien de rébarbatif pour eux, bien au contraire. Longtemps, le jeu sera répétitif et consistera à aligner les jouets ou à monter les objets en tour et à les détruire pour recommencer. Pour eux, leur intérêt occupe leur emploi du temps au détriment des autres aspects de leur vie. Ils ne conçoivent pas qu’une autre personne puisse ne pas avoir le même engouement qu’eux. En vieillissant, les intérêts restreints nuisent considérablement aux échanges sociaux.

Par Francine Lussier, Ph. D.
Neuropsychologue
Directrice des activités cliniques et scientifiques au Centre de formation CENOP Inc.
Professeure associée au Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Révisé par Line Gascon, Ph. D.
Neuropsychologue
Directrice générale CENOP
Décembre 2017

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