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Autisme: retard de développement

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Retard de développement

Les enfants autistes présentent fréquemment des retards dans leurs premiers développement. Certains d’entre eux seront non verbaux toute leur vie alors que d’autres finiront par parler après avoir présenté un retard de langage ou même du mutisme. De ce fait, on décrit un développement du langage atypique, puisqu’après avoir été longtemps non verbal (absence de langage avant 36 mois), l’enfant récupère souvent de manière accélérée sur le plan expressif, offrant même de belles phrases bien construites sur le plan morphosyntaxique et rattrapant ainsi les enfants de son âge vers 4-5 ans. Plus jeune, on décrit la présence d’un langage idiosyncrasique se manifestant par la présence de vocalisations sans lien avec l’activité en cours. Cependant, lorsque ces enfants sont d’intelligence normale ou supérieure, ils acquièrent habituellement une qualité de langage tout à fait comparable à celle des enfants normaux, tant sur le plan syntaxique que grammatical. Seuls l’intonation de la voix, le timbre, le rythme et la vitesse d’élocution demeurent souvent atypiques. Pour les enfants suffisamment verbaux, une atteinte réceptive plus prononcée que l’expressive est constatée, limitant leur compréhension des blagues, du double sens, des métaphores, etc. Les habiletés pragmatiques résistent donc à cette restitution du langage. Ces particularités doivent être prises en compte lors du choix des instruments psychométriques.

C’est toutefois le développement sensori-moteur qui semble le plus inhabituel chez ces enfants. Lelord (1990) a envisagé l’hypothèse d’un trouble du développement des structures nerveuses responsables du filtrage et de la modulation sensorielle, émotionnelle et posturo-motrice. Ce trouble expliquerait le caractère hypersélectif de leur attention (Loovas et al, 1971) et leurs comportements d’hypo ou d’hyper réactivité face aux stimulations extérieures. Toutes les modalités sensorielles semblent touchées et c’est la fluctuation de leurs réponses qui décrit le mieux leurs comportements. Cette difficulté à moduler les entrées sensorielles donnerait à l’expérience sensorielle un caractère très instable, ne permettant pas une bonne interprétation des perceptions. Par exemple, ils donnent l’impression de regarder à travers les gens ou les objets, comme en arrière-plan et leurs temps de fixation sont brefs. On peut donc dire que leur mode d’exploration est différent de celui des autres enfants. De plus, ils éprouveraient des difficultés à coordonner les entrées sensorielles avec la réalisation motrice. Des perturbations s’observent également dans l’acquisition de la motricité fine et globale. La latéralité semble s’établir tardivement et on noterait fréquemment une gaucherie ou une ambidextrie suggestive d’une réduction de la spécialisation hémisphérique. Cependant les 2 mains tardent longtemps à se coordonner, ce qui n’empêche pas certains sujets de réaliser des manipulations fines d’une rare précision. En motricité globale, on note souvent un ralentissement et des difficultés de démarrage du geste. Notons enfin l’étrangeté de certaines mimiques faciales, accompagnées de crispations ou d’expressions sans rapport apparent avec la situation.

Il n’en reste pas moins que l’évaluation psychométrique de ces enfants se révèle particulièrement difficile, en raison de leur symptomatologie, ce qui peut d’ailleurs accroitre la fréquence des diagnostics de déficience intellectuelle.

Par Francine Lussier, Ph.D.
Neuropsychologue
Directrice des activités cliniques et scientifiques au Centre de formation CENOP Inc.
Professeure associée au Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Révisé par Line Gascon, Ph.D.
Neuropsychologue
Directrice générale CENOP
Janvier 2018

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