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Attention et mémoire en dysphasie

La mémoire et l’attention entretiennent des liens étroits avec le langage aussi bien lors de son acquisition que lors de son utilisation dans la communication. C’est la mémoire à long terme qui permet d’emmagasiner le lexique nécessaire à l’élaboration du discours mais la mémoire à court terme serait elle aussi importante dans l’acquisition du langage et corrélerait avec le débit verbal (Raine et al., 1991). Gathercole et Baddeley (1990) ont démontré un déficit de la mémoire auditivo-verbale à court terme chez les enfants qui présentent des troubles du langage. C’est par contre la mémoire de travail (dont la relation avec la capacité attentionnelle est démontrée) qui serait la plus indispensable, aussi bien à la planification et à l’élaboration du discours qu’à la compréhension de celui-ci. L’attention et la mémoire sont en effet deux fonctions particulièrement fragiles chez l’enfant qui présente des troubles du langage. Il est donc important de vérifier les fonctions préservées chez l’enfant et d’identifier les processus qui, chez lui, sont les plus efficaces, afin de proposer l’utilisation d’un matériel pédagogique plus approprié.

L’attention est évaluée dans ses différentes modalités (matériel verbal et non verbal, canal auditif ou visuel, présentation séquentielle ou simultanée) et dans ses différentes formes (attention soutenue, sélective et divisée, empan mnésique ou capacité attentionnelle, sensibilité à l’interférence…)

Observation de l’enfant

Toutes les formes de mémoire ne sont pas nécessairement examinées mais une batterie mnésique considérant les aspects verbaux ou non verbaux (plus ou moins brève dépendant du temps dont dispose le clinicien) est toujours utilisée. Chez l’enfant dysphasique, la mémoire verbale est à peu près toujours plus touchée que la mémoire visuelle, visuo-spatiale ou tactile; la mémoire à court terme est plus limitée que la mémoire à long terme . On s’attend aussi que l’apprentissage d’une liste de mots isolés ou même pairés soit généralement plus facile pour eux que le rappel d’un récit. La mémoire de récit est d’ailleurs souvent la porte d’entrée pour le dépistage des troubles subtils de langage chez les enfants plus vieux. Par un examen plus approfondi, le clinicien constate en effet que l’échec du rappel d’un récit immédiatement après sa présentation ne signale pas tant un trouble de la mémoire qu’une difficulté d’intégration du message verbal parce que le matériel verbal présenté est trop abondant. Quelquefois le rappel différé sera, chez l’enfant dysphasique, meilleur que le rappel immédiat parce que l’intégration se sera faite après un certain délai.

L’évaluation des stratégies mnésiques utilisées ou non par l’enfant est toujours d’un grand intérêt et même indispensable afin d’émettre des recommandations pertinentes pour faciliter l’apprentissage chez l’enfant dysphasique. Le clinicien cherchera d’abord à savoir si l’enfant se dote ou non de stratégies, s’il se fie à la simple évocation éïdétique ou sonore ou, au contraire, s’il cherche à améliorer son encodage par répétition sub-vocale, par associations verbo-verbales, visuo-verbales ou toute autre combinaison en utilisant des repères sémantiques ou phonémiques, en se fabriquant des images mentales etc. Le clinicien compare l’efficacité mnésique de l’enfant quand la présentation du matériel est séquentielle (fixation mnésique ordonnée) ou simultanée (activité associative). Ces informations sur la manière d’apprendre de l’enfant amèneront le clinicien à proposer les recommandations les plus pertinentes quant aux stratégies à privilégier ou à développer chez cet enfant.

Par Francine Lussier, Ph. D. Neuropsychologue Directrice des activités cliniques et scientifiques au Centre de formation CENOP Inc. Professeure associée au Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

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