Développement normal et pathologique du langage

Le langage humain se définit comme un processus de transformation de la pensée en signes reliés entre eux par des règles. Lorsque le langage se développe normalement chez l’humain, il suit une évolution ontogénétique, c’est à dire suivant des étapes prédéterminées qui respectent une maturation chronologique inaltérable. Traditionnellement, on parle de quatre grandes étapes du développement du langage (Gérard, 1997). La première étape coïncide avec la première année de vie et constitue les premiers éléments de la communication sans véritable apport linguistique. C’est la période préverbale. Vers la fin de la première année, l’enfant reconnaît certains mots puis, émergent les premiers comportements de verbalisation. L’enfant associe les mots, ils en fait une utilisation de plus en plus judicieuse et, progressivement, s’installent les premiers éléments de syntaxe. Vers deux ans, la plupart des enfants maîtrisent les rudiments du langage. De deux à six ans, il y aura croissance exponentielle du lexique avec la maturation des éléments phonologiques lexicaux et syntaxiques, le développement des capacités métalinguistiques et la mise en place du langage écrit. L’élaboration du langage et la sophistication se poursuivent ensuite tout au cours de la vie. Les transitions entre ces différentes étapes résulteraient de la prolifération des synapses et les nombreux remaniements neuronaux et cognitifs (Voeller, 1998).

Recommandations tirées de l’évaluation neuropsychologique

Le neuropsychologue n’a pas à proposer comme tel une rééducation du langage pour l’enfant dysphasique dont le travail revient essentiellement à l’orthophoniste. Par contre il sera bien placé pour proposer les grandes orientations pédagogiques (classe régulière, classe ressource, classe à effectif réduit, classe de langage, classe de troubles d’apprentissage ou même classe de déficience légère) ou pour recommander une prise en charge par les divers services auxquels l’enfant devrait être référé (accompagnement, suivi en orthophonie, en ergothérapie, en éducation spécialisée ou en orthopédagogie). Le neuropsychologue pourra également suggérer des mesures à mettre en place pour favoriser un meilleur encadrement familial et pédagogique.

À partir du profil dégagé par l’évaluation neuropsychologique, le clinicien proposera ensuite un éventail d’interventions pédagogiques spécifiques s’appuyant sur chacune des observations qu’il aura faites durant l’examen des démarches cognitives de l’enfant. Celles-ci auront été soigneusement mises à jour par un questionnement judicieux auprès de l’enfant au fur et à mesure de sa quête et elles serviront à orienter les intervenants.

Finalement, il faudra aussi préparer les parents au pronostic de cette pathologie pour leur permettre d’adopter des attitudes réalistes dans leur attente face à l’enfant et face au milieu scolaire. S’appuyant sur les données longitudinales, il semble que l’évolution du langage chez le dysphasique n’atteigne jamais le niveau généralement attendu en dépit des efforts fournis et des suivis en orthophonie. Actuellement, l’expérience démontre que les enfants dysphasiques sévères dépassent rarement le début du deuxième cycle du primaire. Cependant, le neuropsychologue pourra orienter les parents vers les associations de dysphasie qui cherchent habituellement à développer les meilleures services pour leur clientèle au sein de leur communauté respective.

Par Francine Lussier, Ph. D. Neuropsychologue Directrice des activités cliniques et scientifiques au Centre de formation CENOP Inc. Professeure associée au Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)