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Le syndrome d'Asperger: Caractéristiques neuro-cognitives

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Le profil neuropsychologique des Asperger, présenté par Klin (1994) recouperait très largement celui qui vient d’être exposé en relation avec le SDNV, ce qui est indicatif du même type d’évaluation neuropsychologique suggéré par Rourke. Compte tenu de leur problématique en effet, il serait souhaitable d’effectuer, en plus de l’échelle d’intelligence, des mesures de la coordination motrice (fine et globale), des habiletés visuo-motrices et visuo-perceptives (perception des gestalts, de l’orientation spatiale mémoire visuelle …), des capacités conceptuelles (pour différencier celles qui dépendent du langage et d’un traitement visuo-spatial) et enfin de l’intégrité des fonctions exécutives . Tous ces domaines peuvent être touchés à des degrés divers chez les Asperger, comme chez tous ceux qui souffrent d’une telle dysfonction.

De plus, au cours de l’évaluation, il sera toujours essentiel de rester attentif à ce qui caractérise généralement les Asperger, soit le mode de communication qu’offre le sujet, tant dans le registre verbal que non verbal. Ainsi, en dépit d’un score souvent élevé au sous-test vocabulaire du WISC, il n’est pas rare de relever des réponses surprenantes par le côté livresque, sinon pédant de la formulation. L’examinateur devra également vérifier les capacités métalinguistiques du sujet, en particulier sa compréhension de l’humour ou des expressions populaires, dont l’Asperger ne peut généralement saisir que le sens littéral. Il devra aussi tenter d’évaluer la capacité d’empathie du sujet à l’égard de ses pairs ainsi que son aptitude à tenir compte des indices non verbaux de la communication (réciprocité dans le tour de parole, temps alloué en fonction de l’écoute et de la disponibilité de l’interlocuteur etc…). En dépit par ailleurs de certaines particularités au plan des caractéristiques tonales de la parole (débit, inflexion de la voix, etc…), ces dernières sont généralement beaucoup moins atypiques que chez les autistes de haut niveau. Il est par ailleurs intéressant de rapporter l’analyse des corrélations ayant permis à Klin et à ses collaborateurs (1995) d’extraire les 6 secteurs les plus touchés chez les Asperger et donc prédictifs de cette problématique, par opposition aux 5 secteurs représentant des déficits qui ne sont généralement pas présents dans cette catégorie et qu’ils appellent donc non-Asperger.

Conclusion

Il n’est pas rare qu’une incertitude règne pendant plusieurs années quant au diagnostic à poser auprès d’un jeune Asperger, en raison du chevauchement observable entre un certain nombre de problématiques de nature neurologique ou psychiatrique, partageant des caractéristiques communes, surtout dans le jeune âge.

Cependant, en combinant les observations comportementales et les résultats de l’évaluation neuropsychologique, nous avons vu que le tableau acquiert toute sa cohérence, en révélant à notre avis beaucoup plus d’affinités avec les syndromes de dysfonctions non verbales qu’avec les autistes, même de haut niveau.

Comparativement à ces derniers d’ailleurs, les Asperger semblent avoir un bien meilleur pronostic d’évolution à l’âge adulte, surtout si l’éducation qu’ils ont reçue leur a permis de développer des compétences utilisables sur le marché du travail (en particulier avec la manipulation des logiciels d’ordinateurs). Toutefois, il est probable qu’ils demeurent plus marginaux ou plus excentriques que les sujets SDNV, tant dans le choix de leurs créneaux d’intérêts que dans leur incapacité à tirer partie de leurs expériences. Dans ce sens, ils sont possiblement moins «éducables» que les SDNV, à travers le programme de rémédiation proposé par Rourke (1995).

Lorsque leur environnement social et familial peut tenir compte de leurs limites, en leur offrant une supervision appropriée au niveau de l’organisation des tâches de la vie quotidienne ce sont des sujets qui peuvent atteindre toutefois une certaine qualité de vie, surtout s’il leur est possible de faire connaissance avec des individus qui leur ressemblent et avec lesquels ils pourront sans doute partager des intérêts communs.

Par Francine Lussier, Ph.D.
Neuropsychologue
Directrice des activités cliniques et scientifiques au Centre de formation CENOP Inc.
Professeure associée au Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

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