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Trouble de l’audition centrale (TAC)

Troubles associés à la dysphasie

Un nouveau concept commence à émerger pour rendre compte d’une réalité clinique qui ne semble pas être couverte par la sémiologie des grands syndromes dysphasiques admis par différentes écoles de pensée. Ainsi, on reconnaît de plus en plus d’enfants qui, sans être franchement dysphasiques, présentent un trouble de l’audition centrale (TAC ). La prévalence est estimée entre 3 et 10%, elle toucherait deux garçons pour une fille (Chermak et al., 1999).

Le TAC est une atteinte perceptuelle affectant l’univers sonore du sujet (pour une revue récente sur le TAC, voir le volume 10 du Journal of the America Academy of Audiology, 1999). Les processus importants dans l’audition centrale comprennent la localisation et la latéralisation des sons, la discrimination auditive , la reconnaissance de patrons auditifs, l’utilisation des aspects temporels du signal auditif et l’utilisation de la compétition ou de la dégradation des signaux acoustiques (Bellis et Ferre, 1999). Dans le TAC, l’enfant peut donc avoir de la difficulté à différencier certains sons semblables et faire des erreurs de discrimination (ex. m/n, t/d, p/b, n/l, s/ch, f/s, f/v etc.) affectant sa compréhension et entraînant l’interprétation erronée de messages verbaux. La dissociation figure-fond est également touchée et limite sa capacité à comprendre le message verbal à travers les bruits environnementaux ou en situation de compétition verbale et à localiser la source sonore.

Parallèlement, on observe aussi chez ces enfants des troubles de l’attention auditive limitant la capacité auditivo-verbale (mesurée par l’empan de chiffres et de mots à l’endroit),sans atteinte de l’attention visuelle qui distingue le TAC du trouble attentionnel proprement dit (ce dernier touchant à la fois les modalités auditive et visuelle) ; l’attention sélective (permettant à l’enfant de choisir le stimulus cible parmi un ensemble de stimuli non pertinents) et l’attention soutenue (lui permettant de maintenir son attention suffisamment longtemps pour saisir toute la teneur du message verbal) sont également affectées. La mémoire verbale serait elle aussi atteinte dans le TAC ; l’enfant éprouve des difficultés à retenir les éléments pertinents du message, à apprendre les nouveaux concepts, à fixer l’orthographe d’un mot etc. Finalement, des problèmes de perception et d’organisation séquentielle sont observés dans le TAC; la séquence des événements acoustiques est perturbée de telle sorte que les phonèmes, les mots, les phrases peuvent subir une distorsion et rendre confus le discours. S’il s’agit de mots connus, l’enfant mettra un certain temps pour corriger la séquence et réajuster sa compréhension mais, ce faisant, il perdra la suite des événements acoustiques. S’il s’agit de mots nouveaux, une partie de la phrase entendue deviendra inintelligible parce qu’il aura tout de même tenté de corriger la séquence sans succès mais ce ralentissement aura perturbé la compréhension du discours. L’enfant a également de la difficulté à retenir les informations dans un ordre donné (les jours de la semaine, les mois de l’année,…) et de la difficulté à raconter une histoire dans un ordre logique. Le TAC affecte donc subtilement l’intégration, l’interprétation ou l’organisation des messages auditifs. Certains enfants dysphasiques mais pas tous peuvent présenter un trouble de l’audition central associé ; cependant tous les enfants qui présentent un trouble de l’audition centrale ne sont pas nécessairement dysphasiques.

Les troubles de l’audition centrale se manifestent davantage dans les situations de bruit ou de réverbération (plus évidentes dans une classe que dans un cabinet d’évaluation), et lorsque le message auditif lui-même est plus complexe, plus long ou plus rapide. Ils sont dus à un désordre neurologique (dysfonctionnement du système auditif, lésion congénitale ou acquise mais rarement observable par l’imagerie cérébrale), à un trouble développemental global ou à une immaturité neuro-développementale (qui rentrera probablement dans l’ordre quand l’appareil auditif aura atteint sa pleine maturation). Le TAC passe le plus souvent inaperçu et n’est suspecté par le neuropsychologue que lorsqu’il évalue l’enfant à cause de difficultés d’apprentissage pour lesquelles il est référé. La confirmation du diagnostic se fera en audiologie utilisant généralement des paradigmes d’écoute dichotique complexes avec et sans bruits compétitifs.

Par Francine Lussier, Ph.D.
Neuropsychologue
Directrice des activités cliniques et scientifiques au Centre de formation CENOP Inc.
Professeure associée au Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

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